L’enjeu de priorisation

La semaine dernière, en conclusion d’un offsite de Codir que j’animais, une phrase s’est imposée.
« Notre enjeu, c’est la priorisation. »

Une lucidité rare.

Dans beaucoup d’organisations, surtout quand la pression monte, tout devient prioritaire.
On multiplie les initiatives, les ambitions, les objectifs.
On parle d’exécution, de performance, d’engagement.

Pourtant, c’est souvent là que tout commence à se fragiliser.

Renoncer, c’est difficile.
Politiquement, émotionnellement, symboliquement.
Ça donne l’impression de perdre des opportunités et de manquer d’ambition.

Alors on garde tout.

Sauf que ce qui n’est pas arbitré en haut ne disparaît pas.
Ça descend.

Et c’est souvent le middle management qui absorbe.

Des managers qui doivent arbitrer sans cadre clair.
Tenir la performance.
Gérer la pression.
Protéger leurs équipes.

Ils se retrouvent sur tous les fronts.
Et la tension devient permanente.

L’énergie s’érode.
La performance aussi.

Et tout le système commence à se fragiliser.

En agriculture, on connaît bien ce mécanisme.
Un sol surexploité donne encore, pendant un temps.
Puis il s’appauvrit.
Puis il ne donne plus rien.

La question n’est jamais « est-ce qu’il peut tenir ? »
Mais « qu’est-ce qu’il devient dans la durée ? »

Dans les organisations, c’est la même chose.
On continue à produire.
Mais en usant le système.

Et ça ne se voit pas tout de suite.

En période de sécheresse, un arbre réduit son activité.
Il abandonne certaines branches qu’il ne peut plus nourrir.
Il priorise sa survie et sa régénération.

Il ne s’accélère pas pour compenser.

C’est une autre manière de regarder les organisations :
travailler avec le vivant, pas contre lui.

Et cela change profondément la posture du leader.
Le leadership ne consiste plus seulement à fixer des objectifs et mobiliser des équipes.Il consiste à faire des choix.
Simplifier.Prioriser réellement.Renoncer.
Tout ne peut pas être prioritaire.
Ce n’est pas un aveu de faiblesse.
C’est du courage stratégique.

Alors peut-être que la vraie question n’est pas « comment produire plus ? »
Mais : qu’est-ce que mon organisation est en train d’épuiser pour continuer à produire ?