Travail et nouvelles générations

« Les nouvelles générations ne veulent plus travailler. »
Je l’entends souvent, et je ne suis pas d’accord.

Ce que j’observe, c’est que ce n’est pas un problème d’engagement.
C’est une transformation profonde du rapport au travail.

Deux modèles se font face.

Le nôtre : Gen X et une partie des millennials.
Nous avons grandi dans l’ombre du chômage de nos parents.
Le message implicite était simple : trouve un travail, accroche-toi.

Nous avons appris la loyauté, l’endurance, l’acceptation de la pression.
Et progressivement, le travail est devenu une part centrale de notre identité.
L’engagement se mesurait à la capacité à encaisser.

Le leur : fin des millennials et Gen Z.
Ils ont grandi dans l’ombre du burn-out de leurs parents.
Ils ont vu ce que le surengagement produit.
Et ils ont décidé que ce ne serait pas leur modèle.

Alors ils posent des limites.
Ils cherchent du sens, de l’équilibre, de l’autonomie.

Mais ils ne refusent pas l’effort.

Je les vois.
Quand l’enjeu est réel, ils sont là.
Présents. Engagés. Capables d’intensité.

Ce qu’ils refusent, ce n’est pas l’effort.
C’est un système qui l’exige en permanence.

Et je trouve ça remarquable.

Parce qu’au fond, ce qu’ils viennent questionner, ce ne sont pas leurs limites.
Ce sont nos dérives.

Un surengagement normalisé.
Une pression devenue structurelle.
Une confusion entre implication et épuisement.

Dans les organisations que j’accompagne, je vois cette fatigue systémique.
Une pression qui ne retombe jamais.
Une difficulté à prioriser ce qui compte vraiment.

Cette génération agit comme un révélateur.

Nous avons appris à nous accrocher.
Eux apprennent à se protéger.

Bien sûr, comme toute génération, ils ont aussi leurs excès.
Mais sur ce point, ils apportent quelque chose de précieux.

Ils ne fuient pas le travail.
Ils refusent de s’y perdre.

Et si leur rapport au travail était moins un problème… qu’une opportunité de repenser le nôtre ?